Installation visuelle de Nadia Lauro pour Fée, performance d’Antonija Livingstone, 2012 © Nadia Lauro
Ce numéro présente des contributions de collègues en études théâtrales, histoire de l'art, arts visuels, études chorégraphiques et études anglophones et s'ouvre sur un essai de traduction collective d'extraits de « What Is a Minor History ? », premier chapitre de l'ouvrage de Branden W. Joseph, Beyond the Dream Syndicate. Tony Conrad and the Arts after Cage.
Introduction
Dans un court texte à quatre mains, daté de 1925, le philosophe Walter Benjamin et la metteuse en scène Asja Lācis tentent le pari de saisir la cité de Naples, ses rues, ses habitants, ses architectures, ses maisons ou ses fêtes, à l’aune de la notion de porosité. La ville de Campanie devient sous la plume des auteur·ices moins une substance qu’un événement complexe dans lequel les structures matérielles de l’habitation et les pratiques sociales sont dans une étroite continuité organique. Cette approche de l’espace public rappellera certainement aux lecteur·ices de Benjamin le refus affirmé du philosophe de décrire les œuvres d’art à l’aune de catégories disciplinaires, toujours trop hermétiques à son goût. Sans pour autant placer ce numéro de Déméter dans une pure perspective benjaminienne, il nous est difficile de ne pas décrypter dans les quelques lignes placées en ouverture de cette introduction une sorte de synthèse particulièrement ramassée du projet de recherche en cours qui est à l’origine de cette livraison.
Refaire les liens, inverser le regard
Depuis l’automne 2022, le projet RELIRE (REfaire les Liens, Inverser le REgard : Pratiques, discours et histoires du théâtre, de la performance et des scènes performantielles – 1950-2020) vise à faire ou refaire l’histoire et les généalogies des formes scéniques performantielles. Par le choix de considérer les pratiques des années 1990-2000 telles que le « théâtre postdramatique », la « danse conceptuelle » ou les « spectacles interartistiques » dans une perspective historique, cette recherche espère mieux comprendre les liens et influences réciproques entre les différent·es créateur·rices ayant contribué à leur émergence. Si elles paraissent en rupture avec leur champ originel, tout en renouant avec certaines expérimentations historiques, leur déploiement entre les disciplines explique qu’elles sont fréquemment qualifiées dans les programmes de « performances », plus pour désigner l’écart et l’indétermination que des qualités propres à l’art performance stricto sensu. Afin de commencer à mettre en récit ces décennies récentes, il semble nécessaire de retracer les circulations des acteur·rices et des débats artistiques et théoriques, et d’opter pour une approche globalisée et interconnectée des champs artistiques – les artistes ayant par ailleurs souvent revendiqué les expérimentations intermédiales et interartistiques de la performance des années 1950-1970 comme une manière de déterritorialiser les pratiques. En faisant le choix de considérer ces pratiques dans une perspective historienne, il s’agirait de mieux comprendre leurs liens aux formes passées et les influences réciproques entre les différents acteur·rices ayant contribué à leur émergence [...]



